vendredi 26 février 2010

Nouvelle chaire en toxicomanie

L'université de Sherbrooke inaugure à Longueuil une nouvelle chaire en toxicomanie, en collaboration avec le centre de recherche de l'hôpital Charles-Lemoyne

"la chaire a été mise sur pied afin de consolider, renforcer et faire avancer la recherche auprès des personnes ont des problèmes de consommation de drogues et d'alcools qui sont souvent peu représentés dans les services plus traditionnels" souligne Elise Roy, professeure agrégée au département des sciences de la santé communautaire et titulaire de la chaire.

Les objectifs visent à tenter de réduire la progression vers une consommation sévère et persistante ou, pour ceux qui se trouvent déjà dans cette situation, d'en réduire les conséquences sur leur santé. Il s'agit en premier lieu de comprendre les causes et les conséquences de l'addiction afin de trouver les meilleurs moyens de la prévenir efficacement. Les personnes toxicomanes du centre-ville de Montréal constitueront le principal échantillon de la chaire qui travaillera en partenariat étroit avec des organismes communautaires tels que Dans La Rue et Cactus Montréal.

Nous avons besoin que les milieux de recherche soient informés de nos préoccupations de terrain qui sont en évolution constante et qu'ils puissent déterminer les connaissances scientifiques qui nous permettront d'orienter les interventions explique Sylvain Flamand, directeur d’intervention pour l’organisme Dans la rue

jeudi 7 janvier 2010

"Viens petit lapin"

D'une entreprise de taxis londoniens au couloir de la mort en Chine, le périple d'Akmal Shaikh ressemble à une épopée improbable impliquant des gangsters d'Europe de l'Est, des entreprises commerciales authentiquement farfelues et un rêve non abouti de starisation internationale.

Tout commence à Kentish Town, dans le nord de Londres, où vit Akmal avec son épouse et ses enfants. Le couple s'occupe d'une modeste entreprise de taxis et semble couler des jours tranquilles.

Pourtant, depuis longtemps déjà, Akmal a un comportement des plus étranges. De bizarrerie en bizarrerie, , il décide en 2005 de tout plaquer et de s'installer en Pologne, il annonce à sa famille son intention de monter une entreprise aéronautique, et ce bien qu'il ne dispose d'aucun moyen pour mener son projet à terme, ni argent, ni plan d'affaires, non plus qu'aucune expérience en la matière. L'aventure tourne court, évidemment. Akmal tourne alors le dos à toute sa famille et décide de demeurer en Pologne malgré les jours de vaches maigres qui s'annoncent. Obligé de dormir plusieurs fois à la dure, il finit par échouer dans la capitale, Varsovie. Son amie de l'époque rapporte son comportement "ridicule et stupide" comme la fois où il lui envoie une fausse lettre pour lui faire croire qu'il avait gagné un million de Livres sterling.

Akmal entreprend alors une longue campagne d'envoi de courriels à toutes sortes de célébrités, de personnalités politiques - un matraquage écrit en énormes lettres corps 72 points qui révèle son état mental. Il y explique comment il dialogue régulièrement avec l'ange Gabriel, et annonce que les attentats de Londres du 7 Juillet 2005 auraient pu être évités si on lui avait permis de tenir une conférence de presse... Un autre de ses courriels est adressé au père Noël. Plusieurs messages ont été transmis à un groupe de 74 associations et particuliers, parmi lesquels se trouvent Tony Blair, Paul McCartney et George W. Bush.

Mais au milieu de ce tissu d'absurdités, l'avocat d'Akmal affirme qu'il y avait les preuves de son implication avec de dangereux criminels qui ont profité de sa naïveté. L'un des courriels mentionne notamment un certain Carlos, un individu décrit par Akmal comme devant lui permettre de réaliser son rêve de gloire dans l'industrie musicale. Akmal affirmait que le dénommé Carlos possédait d'excellents contacts et connaissait même un producteur susceptible de l'aider à devenir une star de la pop. Bien qu'il n'ait jamais eu aucune expérience de la musique et moins de talent encore, il entreprend cependant d'enregistrer une chanson anglo-arabo-polonaise intitulée "Come Little Rabbit", dont Akmal pensait qu'elle deviendrait non seulement un hit mondial, mais qu'elle parviendrait à mener le monde à une paix durable.

Le piège se referme

Le dénommé Carlos affirme alors à Akmal qu'un autre individu pourrait l'aider à percer, mais il faut pour cela se rendre au Kirghizstan. En septembre de cette année, Akmal arrive dans ce pays et se voit aussitôt confisquer son passeport. Il ne s'en offusque d'ailleurs pas, convaincu qu'il serait bientôt devenu si célèbre que son visage serait reconnu par n'importe quel douanier… On le présente alors à un certain Okole, un individu censé posséder un gros night club en Chine; ce dernier l'invite à y lancer sa carrière internationale avec "Viens petit lapin".

En route pour la Chine, les deux hommes s'arrêtent à Dushanbe au Tadjikistan où ils logent tous deux dans un hotel cinq étoiles, tous frais payés pour Akmal. Ce dernier y voit le signe de son statut de célébrité internationale. Okole lui annonce alors qu'il doit, lui Akmal, se rendre en Chine seul car l'avion est plein. Akmal affirme que c'est à ce moment que l'homme lui aurait donné une mallette tout en lui promettant de le rejoindre par le prochain vol.

Le 12 septembre dernier, Akmal est arrêté par les agents des douanes à Urumqi. Dans ses bagages on retrouve près de quatre kilos d'héroïne.

Akmal affirme immédiatement ne rien savoir de cette drogue. Mieux, il veut aider les autorités et leur confie tout ce qu'il sait d'Okole, notamment son arrivée prévue par le prochain avion. Evidemment, Okole ne se montrera jamais et Akmal est placé en détention. Selon la loi chinoise, l'état de santé mentale doit être pris en compte en cas de crime grave, cependant les demandes répétées d'Akmal et de ses avocats pour une évaluation psychiatrique ont toutes été rejetées.
Lors de la première audience d'Akmal devant ses juges, ce dernier tient à prononcer une longue déclaration, une litanie de propos décousus, voire absolument incohérents qui font bien rire les juges.

Akmal est condamné à mort. Jamais il n'a été examiné par un psychiatre. La seule évaluation a été faite par le Dr Peter Schaapveld, un psychologue clinique londonien, sur la base de l'entretien accordé par les autorités chinoises au Foreign Office britannique. Le Dr Shaapveld a tiré de cet entretien un rapport clinique établissant avec une quasi certitude que ce dernier souffrait d'un trouble de santé mentale – trouble bipolaire ou schizophrénie.

Enième victime collatérale du trafic d'héroïne, Akmal a été exécuté après que les autorités chinoises ont rejeté tout appel à la clémence. Hormis son souvenir, ce qui reste de lui est une chanson idiote. Une chanson par laquelle il avait rêvé apporter au monde une ère de paix, une chanson à ce point ridicule qu'elle en devient aujourd'hui d'une infinie tristesse.

D'après un article par The Guardian
Guardian.co.uk

vendredi 4 décembre 2009

Quand le jeu devient danger


Jeu du foulard, jeu de la tomate, petit pont massacreur, roulette, rising sun, space cowboy, space monkey, american dream… Des noms évocateurs pour des jeux interdits...

Les cours d'école peuvent être le théâtre de jeux parfois cruels, parfois dangereux. De plus en plus d'enfants et d'adolescents s'adonnent ainsi au "jeu du foulard" et mettent leur vie en danger avec une pratique qui s'apparente à une addiction.

Le "jeu du foulard" est un "jeu" d'étranglement qui se pratique seul ou en groupe et dont l'objectif est de provoquer un évanouissement, en principe de très courte durée, réputé provoquer une sensation de bien-être et de flottement.
Le "jeu" se pratique généralement en groupe et consiste à exercer une forte pression sur les veines carotides avec les doigts, ou à l'aide d'un lien (foulard): privé de l'arrivée de sang, le cerveau n'est plus oxygéné, ce qui entraîne un évanouissement. Dans le principe, il ne s'agit pas d'un jeu violent, mais d'une pratique à risques. Le "jeu" ne comporte pas d'agresseur ni de victime et chacun est consentant.

Il s'agit cependant d'une pratique très dangereuse: l'absence d'oxygénation du cerveau peut provoquer un arrêt cardiaque aux conséquences plus ou moins graves, tandis que les conséquences sur le cerveau peuvent être gravissimes: passé trois minutes de privation d'oxygène, les altérations du cerveau s'aggravent seconde après seconde. Les séquelles peuvent aller de la destruction complète de certaines fonctions cérébrales (on devient alors un "légume"), jusqu'à la mort.

Combien sont concernés?

Même s'ils ne pratiquent pas régulièrement le "jeu du foulard", un grand nombre d'adolescents, voire d'enfants, peuvent être concernés. En 2007, une enquête menée par l'association des parents d'enfants accidentés par strangulation (APEAS) indiquait que 4% des élèves français de plus de 15 ans connaissant le "jeu du foulard" l'avaient déjà expérimenté, soit par extrapolation près d'un million et demi de personnes.

Le "jeu du foulard" est également présent aux Etats-Unis et au Canada: l'association GASP (Games Adolescents Shouldn't Play), présente en Ontario, estime qu'aux Etats-Unis seulement, entre 250 et mille adolescents sont chaque année victimes de l'une ou l'autre variante des jeux de suffocation. Les chiffres sont largement imprécis, simplement parce que le décès survient généralement lorsque l'enfant ou l'adolescent s'est risqué à la pratique du jeu en étant seul – le décès passe alors souvent pour un suicide.

Qui est concerné?

Des collégiens très jeunes, généralement entre 11 et 13 ans, et plutôt des garçons. On distingue trois profils: les occasionnels représentent la très grande majorité. Ils ont pratiqué au moins une fois, dans l'objectif d'essayer une expérience nouvelle, comme on le fait souvent au début de l'adolescence: recherche de sensations fortes, volonté de s'intégrer à un groupe d'amis, de ne pas passer pour un lâche ou un "niaiseux".

Les pratiquants réguliers sont beaucoup moins nombreux, même si leur nombre demeure très difficile à évaluer. Ce sont souvent des adolescents habitués à d'autres conduits à risques, comme l'abus d'alcool ou d'autres drogues.

Comportement addictif

A la suite d'une expérience d'évanouissement par le "jeu du foulard", il existe deux suites possibles. Soit le jeune ne recommencera pas, car il a eu mal ou il a eu peur, soit il a retiré de l'expérience un certain plaisir et il recommencera avec ses cheums le plus souvent possible ou lorsqu'il est tout seul. Et c'est là que réside le plus grand risque, car il n'y aura personne pour desserrer les liens et les ranimer si les choses tournent mal.

A savoir: Colloque International de l'association des parents d'enfants accidentés par strangulation, les 3 et 4 décembre 2009, à Paris. Rencontres de médecins pédiatres, psychiatres, éducateurs et sociologues venus d'Europe, du Canada et des Etats-Unis.

mercredi 2 décembre 2009

L'édito de la rédaction

Les connaissances sur l'épidémiologie de l'infection à VIH s'affinent en même temps que l'on comprend mieux les mécanismes sociaux qui favorisent le risque de contamination, lesquels sont d'ailleurs en évolution constante de région en région. Malgré certaines avancées spectaculaires en termes d'accès aux traitements, les effets de l'épidémie demeurent dévastateurs dans les régions les plus vulnérables, notamment en Afrique sub-saharienne. Pourtant, la fatalité n'existe pas dans ce domaine: on sait comment réduire la transmission et améliorer la prise en charge des malades. Encore faut-il que les connaissances engrangées par les scientifiques, les experts et les acteurs de terrain débouchent non sur des décisions politiques, mais sur de véritables actions politiques.
Il faut développer les moyens financiers, humains et matériels qui permettront de développer les modalités spécifiques de prévention là où ils sont efficaces. Il faut accélérer l'accès aux traitements et organiser l'ensemble de la chaîne de soins (formation des soignants, disponibilité des traitements et des moyens techniques, information des malades, soutien des proches). Pour accélérer la dynamique de recul du VIH, il est essentiel d'encore améliorer le travail de collaboration entre l'action des gouvernements et celles des acteurs de terrain, la myriade d'initiatives associatives ou privées qui demeure le socle de la réponse au sida.