
vendredi 4 décembre 2009
Quand le jeu devient danger

mercredi 2 décembre 2009
L'édito de la rédaction
Il faut développer les moyens financiers, humains et matériels qui permettront de développer les modalités spécifiques de prévention là où ils sont efficaces. Il faut accélérer l'accès aux traitements et organiser l'ensemble de la chaîne de soins (formation des soignants, disponibilité des traitements et des moyens techniques, information des malades, soutien des proches). Pour accélérer la dynamique de recul du VIH, il est essentiel d'encore améliorer le travail de collaboration entre l'action des gouvernements et celles des acteurs de terrain, la myriade d'initiatives associatives ou privées qui demeure le socle de la réponse au sida.
Quoi de neuf sur le front du sida?
La situation dans les différentes régions du monde
Afrique sub-saharienne: c'est la région du monde de loin la plus affectée – l'épidémie continue d'avoir des répercussions énormes sur les familles, les services publics et les économies nationales. En revanche, l'accès aux thérapies antirétrovirales est en augmentation rapide.
Asie: la région est deuxième au regard du nombre de gens vivant ave le VIH. L'épidémie, longtemps réservée à certaines catégories de population (usagers de drogues par injection, travailleuses du sexe et homosexuels), s'étend désormais par le biais de la transmission hétérosexuelle.
Europe de l'Est et Asie centrale: Ce sont les seules régions où la prévalence du VIH est en nette augmentation, par le biais principal de l'usage de drogues par injection. Par ailleurs, la transmission sexuelle s'accroît avec l'augmentation des pratiques sexuelles à risques des usagers de drogues.
Caraïbes: c'est la région la plus durement affectée après l'Afrique sub-saharienne; la transmission hétérosexuelle liée à la prostitution est la principale cause de transmission. Néanmoins on observe une augmentation de la transmission du VIH parmi les homosexuels masculins.
Amérique latine: la transmission parmi les homosexuels masculins est la plus importante. Malgré d'importants foyers d'infection parmi les usagers de drogues IV ou les travailleurs du sexe, ces derniers ne sont concernés que par peu de programmes de prévention.
Afrique du Nord et Moyen-Orient: l'épidémie se concentre parmi les usagers de drogues IV, les homosexuels masculins et les travailleurs du sexe et leurs clients, à l'exception de Djibouti et du Soudan occidental, où la transmission s'étend à la population générale.
Amérique du Nord, Europe centrale et occidentale: les progrès réalisés dans la réduction du nombre de nouvelles infections marquent le pas. Entre 2000 et 2007, le taux de nouvelles infections a doublé en Europe. Aux USA, on estime que le nombre de nouvelles infections en 2006 était 40% supérieur à l'estimation préalable.
mardi 24 novembre 2009
NAOMI au placard !
Le projet NAOMI (North American Opiate Medication Initiative) a été lancé en 2005 par des chercheurs de Montréal et de Vancouver. L'étude a été partiellement financée par le ministère de la Santé et des Services Sociaux. Les chercheurs ont suivi 251 personnes toxicomanes, dont 59 pour la seule ville de Montréal. La moitié d'entre eux ont reçu de la méthadone, le seul opiacé actuellement prescrit dans notre pays en traitement de substitution à l'héroïne, tandis qu'un autre groupe s'est vu administrer l'héroïne pharmaceutique par injection. Enfin, en petit nombre de participants a reçu du Dilaudid, un autre opiacé de synthèse utilisé comme analgésique en milieu hospitalier.
A l'issue de l'étude, les scientifiques ont pu démontrer que neuf participants sur dix ayant reçu de l'héroïne, avaient suivi le programme jusqu'à son terme, alors qu'ils avaient auparavant échoué en moyenne à sept tentatives de traitement. Les chercheurs ont par ailleurs souligné que ces participants avaient fortement réduit leur consommation de drogues illicites et leurs activités criminelles, en plus d'avoir amélioré leur état de santé général.
Pour un intervenant en toxicomanie, voire pour un parent, il peut paraître hautement immoral d'en arriver à fournir de la drogue à une personne toxicomane. Cela revient à "baisser les bras", à abandonner le toxicomane à sa drogue. C'est l'argument contre le "dealer en blouse blanche" ici représenté par le médecin prescripteur d'héroïne. Pourtant, s'agissant de l'expérience concrète des traitements de substitution par héroïne, nous estimons qu'il est nécessaire de rechercher de nouvelles offres de soins destinées aux usagers de drogues réticents aux autres types de traitement de substitution. Nous insistons cependant: ces, traitements doivent s'adresser à un profil de consommateurs restreint et ciblé - il ne s'agit pas d'une offre de soins adaptée au tout-venant. De tels programmes doivent disposer de ressources d'orientation adéquates et leur efficacité doit être évaluée de façon rigoureuse.
Le projet NAOMI semblait répondre à ces pré-requis. Nous estimons que tous les usagers d'héroïne ne peuvent adhérer aux programmes de traitement classique; plus large est l'éventail de ressources à leur disposition, meilleures seront leurs chances de sortir du cycle drogue/délinquance. Remiser le projet NAOMI dans un tiroir fermé à clé, c'est tourner le dos à des centaines d'usagers de drogues et les laisser à leur sort.
mercredi 18 novembre 2009
Bientôt un vaccin anti-tabac?
Des solutions nécessaires
Faut-il le rappeler, le cancer du poumon demeure l'une des maladies les plus meurtrières. Chaque année plus de 6000 Québécois meurent de ce terrible fléau. Invariablement ou presque, la cause de leur décès est la même: le tabagisme. Avec la prise de conscience de ce problème de santé publique, beaucoup ont fait le choix de l'abstinence. Arrêter de fumer, pour retrouver son souffle, et espérer récupérer les années de vie que le tabac allait nous voler. Plus facile à dire qu'à faire. Bon nombre d'entre nous en ont fait l'amère expérience.
Après les patchs autocollant qui se décollent, les inhalateurs façon cigarette, les pastilles et autres substituts nicotiniques, voire même le bon vieux bâton de réglisse, voici donc qu'aujourd'hui les chercheurs nous promettent un vaccin contre le tabac! C'est vraiment une manie des Américains, me direz-vous, après le vaccin anti-cocaïne et le vaccin anti-obésité, c'est désormais l'espoir d'un nouveau médicament miracle. Après tout pourquoi pas, cette société du risque zéro, c'est nous qui l'avons appelée de nos vœux, et de toutes les façons cela vaut mieux que de revenir à la cohorte de plaies en tous genres qui sévissait au Moyen-âge.
Depuis près de dix ans, les leaders mondiaux de l'industries se sont alignés pour être au top départ de ce qui sera sans doute l'affaire la plus juteuse de la décennie. Aujourd'hui trois firmes demeurent en lice, avec un léger avantage aux points pour le groupe britannique GlaxoSmithKline qui a annoncé lundi dernier avoir conclu un accord de licence internationale pour le NicVax, soit le candidat vaccin le plus prometteur contre la dépendance à la nicotine. Passé auparavant par les fourches de l'expérimentation animale, ce dernier en est désormais aux essais dits de phase 3, c'est-à-dire les phases de test chez l'être humain, censés déterminer son efficacité sur les fumeurs.
Un peu de science
La dépendance à la cigarette est due à une substance présente dans le tabac, la nicotine. La nicotine imite l'action d'un neurotransmetteur naturel, l'acétylcholine, et vient se fixer sur un type particulier de ses récepteurs, nommé récepteur nicotinique. Lorsqu'on inhale, la fumée passe dans les poumons, puis elle s'infiltre dans le sang artériel en même temps que l'oxygène et se retrouve quasi instantanément dans le cerveau. La stimulation des récepteurs nicotiniques augmente la libération de dopamine, ce qui produit la sensation de plaisir, dans un premier temps, puis la tolérance (fumer davantage pour avoir la même sensation) et enfin, la dépendance. La nicotine est une toute petite molécule qui passe très facilement la barrière entre le sang et le cerveau, sans être détectée par l'organisme comme le seraient les bactéries étrangères.
Les chercheurs ont donc eu l'idée de rendre la nicotine "visible" par l'organisme afin que ce dernier puisse l'empêcher d'atteindre le cerveau. L'objectif est de réduire l'envie de fumer, voire de l'éliminer. Les chercheurs ont couplé la molécule avec une protéine virale ou une toxine du choléra dont l'ADN a été modifié afin qu'elle ne soit pas dangereuse. Lorsque le candidat vaccin, composé du couple nicotine et toxine est injecté dans l'organisme, il est reconnu comme un agent étranger par l'organisme qui se met à produire des anticorps. Les anticorps circulent dans le système sanguin et viennent littéralement se coller à la molécule de nicotine quand ils la croisent. La molécule devient alors si imposante qu'elle n'est plus capable de traverser la barrière encéphalique et ne produit donc plus aucun effet sur le cerveau.
Si les essais de phase 3 sont positifs, la Food and Drug Administration américaine pourrait rapidement donner son accord à sa commercialisation. Mais au pays des vaccins, tout n'est pas parfait non plus: près des deux tiers des patients vaccinés font un syndrome grippal aigu, tandis que pour éviter la rechute il faut subir des injections à répétition.
Il demeure enfin un questionnement éthique: va-t-on vacciner les adolescents afin d'éviter qu'ils ne commencent à fumer? Et dans ce cas là, est-il bien juste de vacciner contre ce qui n'est pas encore une maladie, mais tout au plus une mauvaise habitude, un comportement? La question est toujours ouverte
lundi 16 novembre 2009
Gènes et dépendance
Les scientifiques se penchent désormais sur un possible "gène de l'addiction", soit une spécificité biologique qui rend une personne donnée plus vulnérable à un problème de dépendance que la population générale. Dans l'avenir, il est possible que nous puissions choisir d'avoir des enfants exempts de risque de maladie cardiaque ou d'obésité, alors pourquoi pas imaginer que l'on puisse également supprimer le gène de l'addiction de l'ADN avant même la naissance?
Le plus probable cependant, c'est qu'on ne trouve jamais un simple gène de l'addiction, la prédisposition à l'addiction résultant non seulement d'une interaction complexe entre de nombreux gènes mais également des facteurs sociaux, environnementaux ou même culturels qui interviennent bien après la naissance. En fait de très nombreux facteurs ont un rôle à jouer dans la prédisposition à un problème de dépendance.
Il demeure que certains gènes seraient plus "responsables" que d'autres, par exemple:
- L'allèle A1 du récepteur dopaminergique DRD2 est plus courant chez les personnes dépendantes de l'alcool ou de la cocaïne
- Les souris dont le gène Mpdz possède une activité accrue montrent une diminution de la sévérité du syndrome de sevrage de certains hypnotiques tels que les barbituriques;
- Les souris auxquelles on a ôté le gène du récepteur cannabique Cnr1 ont une réponse moindre à la morphine;
- Les souris sans récepteur sérotoninergique Htr1b sont moins attirées par la cocaïne et l'alcool
- Les souris dont les taux de neuropeptide Y sont moindres sont davantage attirées par l'alcool, alors que celles dont les taux sont plus élevés tendent à l'abstinence;
- Les mouches rendues incapables de synthétiser la tyramine demeurent tranquilles après plusieurs doses de cocaïne;
- Les souris ayant un gène Per2 défectueux boivent trois fois plus d'alcool que la normale;
- Les non fumeurs ont deux fois plus de chance de disposer du gène CYP2A6 qui les rend davantage prédisposé aux vertiges et aux nausées liées au tabac;
- L'alcoolisme est rare chez les personnes disposant de deux copies du gène ALDH2
Bref, quel que soit le mélange de gènes dont vous héritez de vos parents, la dépendance ne sera jamais écrite d'avance dans votre destinée - pour être clair: le fait que votre "assemblage" génétique vous rende davantage prédisposé à la dépendance, ne fera pas automatiquement de vous un junkie gelé en permanence! En fait, la dépendance est un phénomène encore largement incompris des scientifiques; il est cependant acquis qu'il résulte des interactions entre un individu donné - avec son bagage génétique - et son milieu, sa culture, la société dans laquelle il vit et bien entendu… les choix, bons ou mauvais, qu'il sera amené à faire dans sa propre vie.
La rédaction
vendredi 13 novembre 2009
Questions de substance - un message du CCLAT
OTTAWA, ONTARIO--(Marketwire - 11 nov. 2009) - Le Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT) a le plaisir d'annoncer qu'une centaine d'experts de l'abus de substances s'adresseront à plus de 500 participants lors de la conférence Questions de substance qui se tiendra la semaine prochaine, du 15 au 18 novembre, au World Trade and Convention Centre d'Halifax (Nouvelle-Ecosse).
Questions de substance est la seule conférence nationale biennale au Canada à donner aux intervenants en toxicomanie l'occasion d'échanger des connaissances, de trouver des secteurs de collaboration et de parler du rôle des politiques, de la prévention et du traitement dans la réduction des méfaits associés à l'abus de substances.
Tenue dans le cadre de la Semaine nationale de sensibilisation aux toxicomanies (15 au 21 novembre), la conférence de cette année a pour thème Cheminer vers le changement. S'inspirant de la Stratégie nationale sur le traitement rendue publique en novembre 2008, la conférence explore les différents cheminements proposés aux personnes toxicomanes et les ponts systémiques à construire pour instaurer un modèle de soins à niveaux axé sur l'intégration des systèmes de traitement de la toxicomanie, de services sociaux, de logement et d'éducation.
"Grâce à Questions de substance, le Canada pourra faire le tour de la situation au pays, discuter avec ouverture, franchise et selon des perspectives multiples des stratégies qui fonctionnent, des futurs enjeux et de la meilleure façon de collaborer pour relever les défis ", a déclaré Michel Perron, premier dirigeant du CCLAT.
Voici quelques points saillants proposés par la conférence de quatre jours :
- La séance plénière d'ouverture d'Annette Dale-Perera, directrice stratégique, Division de la dépendance et des soins aux contrevenants, Central and NW London NHS Foundation Trust, qui parlera de l'expérience de l'Angleterre dans l'instauration de cadres nationaux de lutte contre l'alcoolisme et la toxicomanie.
- La séance plénière de Franco J. Vaccarino, Ph.D., vice-président et recteur à l'Université de Toronto, qui abordera les répercussions de la recherche en neuroscience sur les stratégies thérapeutiques.
- La conférence David Archibald, où un groupe d'experts explorera le rôle joué par l'industrie dans des activités de lutte contre les méfaits de l'alcool et divers modes de collaboration possibles entre la santé publique, les autorités gouvernementales et l'industrie en la matière.
- La séance plénière de clôture de Christopher Kennedy Lawford, neveu de John F. Kennedy et fils de l'acteur Peter Lawford, membre du comité consultatif sur la santé publique de la Californie et auteur de Moments of Clarity, bestseller du New York Times portant sur les révélations spirituelles qui aident les gens à passer de la dépendance à la guérison.
Questions de substance 2009 est présentée par le CCLAT en partenariat avec le Atlantic Canada Council on Addictions, le ministère de la Promotion et de la Protection de la santé de la Nouvelle-Ecosse et le Conseil exécutif canadien sur les toxicomanies. Le CCLAT tient également à remercier certains partenaires et commanditaires clés qui ont fait de la conférence 2009 une réalité, dont :
- Educ'alcoolCommission de la santé mentale du Canada
- Association des brasseurs du Canada
- Spiritueux Canada
- Centre ontarien de recherche sur le jeu problématique
- Centre de toxicomanie et de santé mentale
- Paul Burke Training and Consulting Group
- MADD Canada
- Instituts de recherche en santé du Canada
Au sujet du CCLAT
Titulaire d'un mandat législatif visant à réduire les méfaits liés à l'alcool et aux autres drogues, le Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies assure un leadership quant aux priorités nationales, favorise l'application des connaissances dans le domaine et crée des partenariats durables qui optimisent les efforts collectifs. Le CCLAT reçoit l'appui financier de Santé Canada.
jeudi 12 novembre 2009
Sida - Histoires de vaccins
Cela fait bien longtemps que l'on nous annonce l'arrivée d'un vaccin contre le sida et nous sommes encore bien loin du compte. Pourtant pour la première fois dans l'histoire de la recherche vaccinale contre le sida, un essai clinique démontre qu'il est possible de prévenir la contamination par le VIH. Les résultats d'un essai de phase III, c'est-à-dire visant à comparer l'efficacité d'un traitement de référence versus un placebo, ont été présentés en octobre dernier lors d'une conférence de presse de Sanofi-Pasteur. L'essai , conduit auprès de 16 000 volontaires en Thaïlande, a démontré l'efficacité d'un cocktail de deux vaccins expérimentaux, dont l'Alvac-HIV développé par Sanofi-Pasteur, en réduisant d'un tiers les cas de séroconversion.
L'essai a débuté en 2003 avec 16 000 volontaires, âgés de 18 à 30 ans, considérés comme à risque moyen d'être contaminés par le virus du sida, ont été divisés en deux groupes. La moitié d'entre eux a reçu le cocktail vaccinal et l'autre moitié un placebo. A l'issue du test, les chercheurs ont annoncé que le vaccin avait démontré son efficacité (relative): 74 cas de séroconversion sont survenus dans le groupe placebo et 51 dans le groupe ayant reçu le vaccin expérimental, soit une diminution "statistiquement significative" de 31%.
En tout état de cause, 30% voire même 50% de diminution des risques de contamination si l'on parvient à affiner le vaccin, ce n'est encore pas assez, mais un tel vaccin pourrait néanmoins jouer un rôle important au sein d'une stratégie de prévention renforcée. Comme le souligne Michel Sidibé, directeur d'Onusida, "il n'existe pas encore de solution unique pour lutter contre le VIH".
mercredi 11 novembre 2009
La prévention, un échec?
Le vingtième siècle nous a laissé en héritage un certain nombre de questions demeurées ouvertes, notamment en ce qui concerne les drogues. L'une d'entre elles est la question de la prévention et des résultats obtenus ou pas dans ce domaine.
On pourrait penser que l'usage de drogues a augmenté en cinquante ans et que, par conséquent, toutes les actions menées à bien dans ce domaine ont échoué. Pourtant les plus récentes données de l’Office des Nations Unies sur les Drogues et le Crime montrent que l'usage de drogues a effectivement augmenté, mais pas autant qu'il ne l'aurait fait sans politique de prévention et qu’il tend à se stabiliser, voir à décroître dans certaines régions (1).
Par ailleurs, la prévention a très bien fonctionné dans certains domaines, par exemple le binôme drogue/sida, contré par les campagnes de prévention, l’accès aux seringues et aux préservatifs et par l'utilisation des produits de substitution, parvenant à réduire la contamination.
Dans une perspective différente, on pourrait penser qu'il est absurde d'évaluer les menées spécifiques réalisées dans le contexte de la société hyperconsumériste du monde occidental, où tout est fait pour augmenter la consommation – y compris celle des drogues, légales ou non.
Deux questions doivent être posées pour établir les fondements de nos actions de prévention:
1) Quelles bonnes raisons avons-nous aujourd'hui de ne pas consommer?
2) Ces raisons éventuelles sont-elles suffisantes?
Nous voulons éviter que l'usage de drogues nous empêche de nous réaliser en tant que personnes et comme communautés mais la relation entre l'être humain et les substances remonte à plus de sept mille ans (2). Depuis sept mille ans, nous sommes engagés, tel un vieux couple de danseurs, dans un pas de deux perpétuel où tour à tour l'on s'étreint puis se repousse. Depuis l'avènement de la révolution industrielle cependant, et plus précisément depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, son rythme a pris une ampleur et un volume inégalés dans l'histoire, à tel point qu'on ne sait plus qui mène la danse. Depuis cinquante ans nous faisons face à une consommation de masse qui renverse les barrières cul par-dessus tête – les barrières des générations, les barrières économiques, culturelles et sociales. Une partie des usages se transforme, évolue vers l’abus, vers ces épidémies de dépendances que nous connaissons trop bien, celles du tabac, des médicaments psychotropes, de l'alcool, du cannabis, de la cocaïne, de l'héroïne et des drogues de synthèse.
En cinquante ans, le processus éducatif a changé lui aussi. Auparavant, c’était le rôle des anciens d’enseigner aux plus jeunes. Aujourd’hui les choses sont diverses, à plusieurs égards – pensons aux nouvelles technologies, avec qui les nouvelles générations sont bien plus à l’aise que les précédentes. C’est d’ailleurs ce qui se passe avec moult types d’usage de substances. En définitive, en brisant l’ancien paradigme éducatif des parents éduquant leurs enfants, ou plus généralement des anciennes générations éduquant les nouvelles, il s’est créé une sorte de vide.
Ce vide a été en grande partie comblé par les médias de communication de masse, par la télévision, le marketing qui a forgé des styles de vie stéréotypés, où la consommation de biens comme celle de substances sont parties prenantes du processus de construction identitaire et de l’identification au groupe.
Aujourd’hui, qu’il s’agisse d’acheter un bien ou une substance, ce que nous achetons avant tout, c’est une identité qui nous aide à nous sentir en conformité, en adéquation avec les modèles construits par d’autres.
Ces mécanismes ont été façonnés de toutes pièces dans le but de stimuler les consommations, pour vendre davantage, tout en parvenant toujours à donner au consommateur l’illusion d’un libre choix.
Pour prévenir la consommation de substances psychoactives, il faudrait donc parvenir à inventer un marketing capable de casser ces marchés ! Les universités enseignent comment créer des marchés fructueux, il devrait être intéressant d’étudier comment les briser ! Surtout d’aussi fructueux…
La solution passe par la réinterprétation d’une éducation sachant répondre aux besoins de l’époque de postmodernité dans laquelle nous vivons. Si l’ancien paradigme de l’éducation ne fonctionne plus à bien des égards, il nous appartient d’assimiler les forces éducatives présentes et, tel le judoka, d’utiliser le poids de l’adversaire à notre avantage.
Au cours des dernières années, le réseau Dianova a pris conscience de cette situation. Dans un effort de diversification, il a mis en œuvres différentes activités à forte connotation éducative et de soutien au développement personnel. Ces efforts ont été reconnus en 2007, avec le statut consultatif qui a été octroyé par le Conseil Economique et Social des Nations Unies dans trois domaines d’activités : les addictions, l’éducation et la jeunesse.
L’occasion nous est donnée au monde des ONG et au secteur de l’économie sociale de construire un ensemble de propositions, de programmes, d’initiatives novatrices qui viendront enrichir et compléter le système éducatif dans son ensemble – en particulier dans les espaces où les institutions ne parviennent pas à offrir seules des réponses adaptées aux besoins éducatifs de l’ère de postmodernité où nous vivons.
En définitive, plus qu’à celui de l’échec de la prévention, nous sommes face au grand défi de d’élaborer des solutions pour le 21ème siècle pour nous aider à nous défendre, à nous développer en tant qu’êtres, dans nos projets de vie et dans nos entreprises collectives.
(1) Rapport mondial sur les drogues, 2009 - Copyright © 2009, United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC)
(2) À l'Egypte ancienne, aux Assyriens de Babylone et à l'usage qu’ils faisaient de la fleur de lotus, à la fermentation du blé pour les bières antiques, en passant par les Grecs et leur grande philosophie basée sur un usage qui bannissait la perte de contrôle, jugée inacceptable, indigne des êtres évolués, citoyens actifs et parties prenantes de l'Agora.
mardi 10 novembre 2009
Quand le jeu devient excessif
Mais Pour certains, la pratique peut devenir « problématique » ou « excessive ». L’excès se manifeste par trop d’argent dépensé et/ou trop de temps passé à jouer, et témoigne d’une perte de contrôle. Il est essentiel de repérer les sujets dans cette phase, avant qu’ils ne développent une pratique « pathologique » du jeu, marquée par une dépendance et des dommages à long terme.
On estime à environ 180 000 personnes le nombre de Québécois se trouvant dans la situation de jeu problématique, voire pathologique.
Un questionnaire très simple pour identifier un problème de jeu:
- Etes-vous préoccupé de manière constante par des expériences de jeu, passées ou à venir, ou par le moyen de trouver de l’argent pour jouer ?
- Avez-vous besoin de jouer avec des sommes d’argent de plus en plus élevées pour atteindre l’état d’excitation désiré ?
- Avez-vous fait des efforts répétés mais sans résultat pour contrôler, réduire ou arrêter de jouer ?
- Etes-vous agité ou irritable lors de vos tentatives pour réduire ou arrêter de jouer ?
- Jouez-vous pour fuir les difficultés de la vie ou pour affronter des humeurs indésirables ?
- Après avoir perdu, retournez-vous jouer pour essayer de vous refaire ?
- Avez-vous menti à votre famille et à vos relations pour dissimuler la véritable ampleur de vos habitudes de jeu ?
- Avez-vous commis des actes illégaux (fraudes, falsifications, vols, détournements de fonds) pour financer vos habitudes de jeu ?
- Avez-vous mis en danger ou perdu une relation affective importante, un emploi, des possibilités d’études ou de carrière à cause du jeu ?
- Vous arrive-t-il de compter sur les autres pour obtenir de l’argent et pour vous sortir de situations désespérées à cause du jeu ?
Un comportement compulsif signifie qu'il est répétitif et effectué pour réduire une souffrance ou un état de tension intérieure. Il se manifeste par son aspect contraignant.
Lorsque le jeu devient excessif, on retrouve le caractère compulsif de la conduite. La personne perd progressivement sa liberté et se sent petit à petit « obligée » de retourner jouer.
Par ces aspects, le jeu pathologique présente des points communs avec d’autres troubles, liés à l’utilisation de substances psychoactives (alcool, tabac, substances illicites ou certains médicaments) ou à des comportements compulsifs (achats, sexualité, crises de boulimie…). Ces troubles sont regroupés sous le terme commun d’addiction ou de dépendance.
Le jeu excessif et le jeu pathologique nécessitent le plus souvent une prise en charge spécialisée et associant les intervenants de différents champs, médical, psychologique et social. En effet, le trouble va entraîner une souffrance chez l’individu, mais aussi son entourage. Certaines complications psychologiques (dépression, anxiété, abus d’alcool, etc.) peuvent apparaître, de même que des difficultés sociales, financières, professionnelles, voire judiciaires.
Le médecin traitant est un acteur indispensable de cette prise en charge, et souvent le premier à intervenir et à diriger vers une équipe prodiguant les soins adaptés.
Les soins reposent avant tout sur l’approche psychologique. Différentes modalités de psychothérapie s’offrent au joueur pathologique, à définir avec le thérapeute. Il est fréquent aussi de lui proposer de participer à un groupe de parole où il peut partager son expérience avec d’autres joueurs et tenter de trouver des solutions.
Les médicaments ont pour l’instant une place très limitée (traitement des complications psychiatriques).
Des mesures « spécifiques » existent, telle que l’interdiction de fréquenter les casinos, interdiction d’accéder aux sites de jeux en ligne, les mesures de curatelle pour mieux gérer son argent…
Votre médecin traitant peut vous indiquer les coordonnées d'une structure de soins proche de chez vous.
Un examen du modèle prohibitionniste des Nations Unies vis-à-vis des drogues
A l'examen de "l'échec" du modèle politique prohibitionniste des Nations Unies, nombre de groupes répètent les erreurs de logique classiques du mouvement de réforme des politiques sur les drogues.
A l'instar du récent article de Wood et al (2009) publié dans The Lancet, de récents événements survenus durant la Commission des Nations Unies sur les Stupéfiants ont donné à divers groupes d'intérêt l'opportunité de faire valoir la supériorité des recommandations qu'ils soutiennent et leur caractère scientifique. En réalité, en tant que scientifiques, très limitée est notre capacité à prédire l'influence d'un changement de politique sur le marché des drogues, sur leur usage et sur les problèmes qui y sont liés. En outre, la plupart des politiques alternatives génèrent des résultats qui sont impossibles à estimer (par ex. plus de dépendance mais moins de crime), par conséquent, apprécier le degré d'efficacité de tels arrangements dans l'ensemble du tableau, implique nécessairement de recourir à des jugements de valeur, et non pas à la seule objectivité de la science (MacCoun & Reuter, 2001; Reuter & Caulkins, 1997).A l'examen de l''échec" du modèle prohibitionniste des Nations Unies vis-à-vis des drogues, nombre de ces groupes répètent les erreurs de logique classiques du mouvement de réforme des politiques sur les drogues. Oui, la détention racialement disproportionnée des contrevenants à la législation sur les drogues aux Etats-Unis est un problème sérieux qui contribue à la tension raciale (Sabet, 2005), mais vouloir relier cet état de fait aux taux d'usage de drogues, c'est agiter un épouvantail, étant donné que même aux Etats-Unis, on ne met pas grand monde en prison pour usage simple. Caulkins et Sevingy (2005) montrent que la plupart des détenus pour possession de drogues admettent spontanément en avoir revendu.
En réalité, le risque de se retrouver en prison pour simple usage est plutôt faible. En ce qui concerne les "drogues chères" (cocaïne, héroïne et méthamphétamine), il faut compter environ un jour et demi de prison par année de consommation. Pour le cannabis, il faut compter une heure de prison par année de consommation – lorsque les incarcérations pour poly-usages de drogues dont le cannabis sont imputées au cannabis seulement – et trente minutes, si ces incarcérations sont attribuées à d'autres drogues. Bien que, parmi les centaines de milliers de personnes arrêtés chaque année pour possession de drogues, beaucoup soient de simples consommateurs, ces derniers sont rarement jetés en prison, à moins qu'ils n'aient commis un autre délit.
Par ailleurs, il est hypocrite de dire que les données suggèrent une association quelconque entre la prohibition et quoi que ce soit d'autre, parce que virtuellement tous les pays ont interdit les drogues illégales principales, celles qui sont la cause de sérieux problèmes aux Etats-Unis, et ce depuis de nombreuses années. En contrepartie, il existe de par le monde, comme dans les états américains, et même à d'autres époques, des variations considérables dans la manière dont la prohibition est mise en œuvre. C'est pourquoi ce qui serait correct et plausible serait d'établir l'existence d'une association, voire d'une corrélation entre la manière dont la prohibition est mise en œuvre et certains des résultats obtenus.
Par voie de conséquence, les conclusions que l'on pourrait tirer de la preuve scientifique doivent nécessairement avoir trait à l'efficacité plus ou moins grande des différentes manières de mettre en œuvre une politique de prohibition donnée – et non pas au caractère moins ou plus efficient de la politique prohibitionniste versus quelque autre alternative.
Même venant d'un scientifique, ce n'est pas de la science que d'affirmer: "la prédominance de la preuve" montre que le modèle des Nations Unies a été inefficace et dommageable. Il s'agit là de l'action d'un organe mondial et le seul set de données dont nous disposions est celui d'une, une seule terre. Qui plus est, il n'y a eu en vingt ans aucun changement significatif dans le modèle des Nations Unies et aucune différence réellement substantielle depuis bien plus longtemps encore.
En réalité nul ne peut rien déduire d'un scénario fondé sur des hypothèses contrefactuelles; nul ne sait comment le problème des drogues aurait tourné avec un modèle substantiellement différent. Nous en sommes d'accord, il est tout à fait plausible que d'autres modèles eussent été meilleurs, ou différents. Mais les scientifiques devraient pouvoir faire la différence entre ce qui est du domaine de l'opinion, aussi bien informée fut-elle, et ce qui relève du jugement d'expert, fondé sur la preuve et sur les critères scientifiques en usage.En brouillant cette distinction, nous, scientifiques, faisons du tort à notre profession comme à ceux que nous cherchons à informer.
Bill Clinton avait, à propos de la protection sociale, cette phrase célèbre, Mend it don't end it: "Il faut l'améliorer et non pas l'enterrer". Pour notre part, en ce qui concerne la prohibition, c'est cette approche que nous préférons. Certains voudraient voir la prohibition enterrée. D'accord. Les gens ont le droit d'avoir des opinions différentes. Mais nous devrions tous comprendre qu'il s'agit simplement d'opinions, sans doute d'opinions bien informées, mais d'opinions tout de même, et non pas de découvertes scientifiques.
References
- Caulkins, J., and Sevigny, E. (2005). How many people does the U.S.imprison for drug use, and who are they? Contemporary Drug Problems, 32, 3, 405-428.
- MacCoun, R., and Reuter, P. (2001). Drug war heresies: Learning from other vices, times, and places. Cambridge University Press.
- Reuter, P., and Caulkins, J. (1995). Redefining the goals of drug policy: Report of a working group. American Journal of Public Health, 85, 1059–1063.
- Sabet, K. (2005). Making it happen: The case for compromise in the federal cocaine law debate. Journal of Social Policy and Administration, 39, 2, 181-191.
- Wood, E., Werb, D., Marshall B.D.L., Montaner, J.S.G, and Kerr, T. (2009). The War on Drugs: A Devastating Public-Policy Disaster. 373, 989-990.
lundi 9 novembre 2009
On ne doit pas stigmatiser les personnes qui souffrent

J’ai créé il y a 10 ans un organisme qui œuvre encore à ce jour dans le domaine humanitaire principalement pour les personnes souffrants de divers handicaps, tels que les problématiques neurologiques, orthopédiques ou autres.
Mon travail est devenu un vrai choix de vie et me procure beaucoup de bien être. Grâce à toutes les personnes que j’ai pu rencontrer au fil temps j’ai élargis mes horizons et changé tranquillement mes idées préconçues concernant les individus dit ‘exclus’.
Ainsi, suite à une demande faite par une talentueuse intervenante du Centre Dianova, j’ai accepté de recevoir dans mon centre équestre un autre volet de la souffrance humaine : la toxicomanie. Je me suis engagée dans cette démarche avec certaines craintes en lien avec ma méconnaissance des personnes affectées par ce problème. Je n’avais en fait aucune idée de qui ils étaient!!
Ma rencontre avec le premier groupe a été décisive… Après tout rien ne les distinguait des autres personnes et je me sentais donc rassurée. Je découvrais des êtres humains avec leurs craintes, leurs peurs, leurs joies et leurs besoins…
Avec le temps j’ai réalisé que chaque fois que le groupe venait à l’écurie les attitudes des uns et des autres changeaient, ils se sentaient plus à l’aise, faisaient preuve de beaucoup de politesse envers tout le monde à l’écurie et ils se montraient de plus en plus serviable. Ils avaient du plaisir à venir à l’écurie et côtoyer ainsi les habitués de ce milieu. Dans leurs yeux ont pouvaient voir un message très touchant : « nous nous sentons utiles et acceptés, merci!! ».
Les résidents du Centre Dianova ont toujours eu ici, une attitude qui démontrait un extraordinaire penchant pour l’entraide, ces jeunes ont besoin de se sentir utiles et ils comprennent mieux que personne la douleur du vide intérieur. Ils veulent sortir de l’isolement, s’accomplir et surtout, je pense, ne veulent plus décevoir ceux qui vont leur donner une chance.
Face à un enfant handicapé, ils deviennent eux même des enfants, ils sourient, jouent et veulent tellement aider…
J’ai été, et suis encore à ce jour, une spectatrice attentive. J’observe l’évolution de chacun des résidents qui participent à nos activités conjointes et je constate toujours avec autant d’étonnement comment des personnes qui ont autant souffert et qui se battent si fort pour leur survie, font pour donner le meilleur d’eux même dès que l’occasion se présente.
De nos jours il est dommage que nous nous accordions trop facilement le droit au jugement. Éducation ou hypocrisie? Je ne sais pas. Nous devrions éviter de mettre une étiquette sur ceux qui ont un passé tumultueux ou qui ont fait des mauvais choix de vie, ou encore sur les personnes exclues en général. Aider ces gens à se revaloriser et à grandir à travers des actions simples c’est leurs donner la possibilité de croire qu’il peut exister une voie vers le bonheur dans la vie quand on a touché le fond.
Nous avons tous besoins des autres….Voici mon message d’espoir pour une vie meilleure





