mercredi 18 novembre 2009

Bientôt un vaccin anti-tabac?

Ce n'est plus à démontrer, au vu du nombre de rechutes dont sont victimes les accros à la cigarette qui souhaitent rompre avec leur habitude, la dépendance à la nicotine est l'une des plus sévères qui soit. Et c'est justement sur ce terrain que des chercheurs développent un "vaccin anti-tabac", censé éliminer le besoin irrépressible qui pousse les tous nouveaux "anciens" fumeurs vers l'objet de toutes leurs convoitises: la cigarette.

Des solutions nécessaires

cigarette et cerveau
Faut-il le rappeler, le cancer du poumon demeure l'une des maladies les plus meurtrières. Chaque année plus de 6000 Québécois meurent de ce terrible fléau. Invariablement ou presque, la cause de leur décès est la même: le tabagisme. Avec la prise de conscience de ce problème de santé publique, beaucoup ont fait le choix de l'abstinence. Arrêter de fumer, pour retrouver son souffle, et espérer récupérer les années de vie que le tabac allait nous voler. Plus facile à dire qu'à faire. Bon nombre d'entre nous en ont fait l'amère expérience.

Après les patchs autocollant qui se décollent, les inhalateurs façon cigarette, les pastilles et autres substituts nicotiniques, voire même le bon vieux bâton de réglisse, voici donc qu'aujourd'hui les chercheurs nous promettent un vaccin contre le tabac!  C'est vraiment une manie des Américains, me direz-vous, après le vaccin anti-cocaïne et le vaccin anti-obésité, c'est désormais l'espoir d'un nouveau médicament miracle. Après tout pourquoi pas, cette société du risque zéro, c'est nous qui l'avons appelée de nos vœux, et de toutes les façons cela vaut mieux que de revenir à la cohorte de plaies en tous genres qui sévissait au Moyen-âge.

Depuis près de dix ans, les leaders mondiaux de l'industries se sont alignés pour être au top départ de ce qui sera sans doute l'affaire la plus juteuse de la décennie. Aujourd'hui trois firmes demeurent en lice, avec un léger avantage aux points pour le groupe britannique GlaxoSmithKline qui a annoncé lundi dernier avoir conclu un accord de licence internationale pour le NicVax, soit le candidat vaccin le plus prometteur contre la dépendance à la nicotine. Passé auparavant par les fourches de l'expérimentation animale, ce dernier en est désormais aux essais dits de phase 3, c'est-à-dire les phases de test chez l'être humain, censés déterminer son efficacité sur les fumeurs.

Un peu de science

La dépendance à la cigarette est due à une substance présente dans le tabac, la nicotine. La nicotine imite l'action d'un neurotransmetteur naturel, l'acétylcholine, et vient se fixer sur un type particulier de ses récepteurs, nommé récepteur nicotinique. Lorsqu'on inhale, la fumée passe dans les poumons, puis elle s'infiltre dans le sang artériel en même temps que l'oxygène et se retrouve quasi instantanément dans le cerveau.  La stimulation des récepteurs nicotiniques augmente la libération de dopamine, ce qui produit la sensation de plaisir, dans un premier temps, puis la tolérance (fumer davantage pour avoir la même sensation) et enfin, la dépendance. La nicotine est une toute petite molécule qui passe très facilement la barrière entre le sang et le cerveau, sans être détectée par l'organisme comme le seraient les bactéries étrangères.

Les chercheurs ont donc eu l'idée de rendre la nicotine "visible" par l'organisme afin que ce dernier puisse l'empêcher d'atteindre le cerveau. L'objectif est de réduire l'envie de fumer, voire de l'éliminer. Les chercheurs ont couplé la molécule avec une protéine virale ou une toxine du choléra dont l'ADN a été modifié afin qu'elle ne soit pas dangereuse. Lorsque le candidat vaccin, composé du couple nicotine et toxine est injecté dans l'organisme, il est reconnu comme un agent étranger par l'organisme qui se met à produire des anticorps. Les anticorps circulent dans le système sanguin et viennent littéralement se coller à la molécule de nicotine quand ils la croisent. La molécule devient alors si imposante qu'elle n'est plus capable de traverser la barrière encéphalique et ne produit donc plus aucun effet sur le cerveau.

Si les essais de phase 3 sont positifs, la Food and Drug Administration américaine pourrait rapidement donner son accord à sa commercialisation. Mais au pays des vaccins, tout n'est pas parfait non plus: près des deux tiers des patients vaccinés font un syndrome grippal aigu, tandis que pour éviter la rechute il faut subir des injections à répétition.

Il demeure enfin un questionnement éthique: va-t-on vacciner les adolescents afin d'éviter qu'ils ne commencent à fumer? Et dans ce cas là, est-il bien juste de vacciner contre ce qui n'est pas encore une maladie, mais tout au plus une mauvaise habitude, un comportement? La question est toujours ouverte

La rédaction

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