Le gouvernement de Québec a refusé le financement du deuxième volet d'une étude scientifique visant à démontrer l'intérêt des programmes d'injection supervisée d'héroïne, destinés aux personnes toxicomanes ne répondant plus aux programmes conventionnels.
Le projet NAOMI (North American Opiate Medication Initiative) a été lancé en 2005 par des chercheurs de Montréal et de Vancouver. L'étude a été partiellement financée par le ministère de la Santé et des Services Sociaux. Les chercheurs ont suivi 251 personnes toxicomanes, dont 59 pour la seule ville de Montréal. La moitié d'entre eux ont reçu de la méthadone, le seul opiacé actuellement prescrit dans notre pays en traitement de substitution à l'héroïne, tandis qu'un autre groupe s'est vu administrer l'héroïne pharmaceutique par injection. Enfin, en petit nombre de participants a reçu du Dilaudid, un autre opiacé de synthèse utilisé comme analgésique en milieu hospitalier.
A l'issue de l'étude, les scientifiques ont pu démontrer que neuf participants sur dix ayant reçu de l'héroïne, avaient suivi le programme jusqu'à son terme, alors qu'ils avaient auparavant échoué en moyenne à sept tentatives de traitement. Les chercheurs ont par ailleurs souligné que ces participants avaient fortement réduit leur consommation de drogues illicites et leurs activités criminelles, en plus d'avoir amélioré leur état de santé général.
L'avis de la rédaction
Pour un intervenant en toxicomanie, voire pour un parent, il peut paraître hautement immoral d'en arriver à fournir de la drogue à une personne toxicomane. Cela revient à "baisser les bras", à abandonner le toxicomane à sa drogue. C'est l'argument contre le "dealer en blouse blanche" ici représenté par le médecin prescripteur d'héroïne. Pourtant, s'agissant de l'expérience concrète des traitements de substitution par héroïne, nous estimons qu'il est nécessaire de rechercher de nouvelles offres de soins destinées aux usagers de drogues réticents aux autres types de traitement de substitution. Nous insistons cependant: ces, traitements doivent s'adresser à un profil de consommateurs restreint et ciblé - il ne s'agit pas d'une offre de soins adaptée au tout-venant. De tels programmes doivent disposer de ressources d'orientation adéquates et leur efficacité doit être évaluée de façon rigoureuse.
Le projet NAOMI semblait répondre à ces pré-requis. Nous estimons que tous les usagers d'héroïne ne peuvent adhérer aux programmes de traitement classique; plus large est l'éventail de ressources à leur disposition, meilleures seront leurs chances de sortir du cycle drogue/délinquance. Remiser le projet NAOMI dans un tiroir fermé à clé, c'est tourner le dos à des centaines d'usagers de drogues et les laisser à leur sort.
A mon avis je trouve dommage qu'un organisme qui doit lutter contre la drogue et contre toute forme de dépendence soit favorable à ce type d'expérimentation. Je parle en tant qu'ancien consommateur d'héroine, je peux dire que si on m'avait fournie ma drogue jamais je n'aurais arreté et aujour'dhui je pense que je ne serais plus là pour écrire.
RépondreSupprimerJe ne suis pas contre les nouvelles expériences, par exemple avec des médicaments nouveaux. Mais avec ce projet, il n'y a rien de nouveau - on utilise simplement le produit de prédilection des toxicomanes, c'est facile d'avoir de "bons" résultats ainsi. Qui voudrait-arrêter? Les scientifiques tirent ces résultats comme un lapin d'un chapeau... Moins de délinquance, on le suppose parce que les toxicomanes ne sont plus obligé de voler pour avoir leur dose... Mais sont-ils plus heureux pour cela, ont-ils trouvé un sens à leur vie? Ont-ils repris une vie en santé, un travail, une raison d'espérer?
Probablement non, parce que l'héroine, c'est la mort et la destruction - c'est le contraire de la vie. "Soigner" les toxicomanes avec de l'héroïne, c'est admettre que la drogue est plus forte que tout le reste.
PH
Ce type de traitement ne convient pas à tout le monde - il serait quasi criminel de proposer de l'héroïne à des jeunes n'ayant que peu d'années de dépendance derrière eux, et sans qu'ils aient essayé un autre type de ressource. Cependant, que proposons-nous aux personnes toxicomanes qui ont tenté d'arrêter 10 fois, 20 fois sans jamais y parvenir, et qui continuent depuis 10 ou 20 ans à mener une vie chaotique... prison, délinquance, violence?
RépondreSupprimerLe projet Naomi ne constitue pas la solution unique à leur problème, mais il avait le mérite d'essayer de trouver des réponses.