
Jeu du foulard, jeu de la tomate, petit pont massacreur, roulette, rising sun, space cowboy, space monkey, american dream… Des noms évocateurs pour des jeux interdits...
Les cours d'école peuvent être le théâtre de jeux parfois cruels, parfois dangereux. De plus en plus d'enfants et d'adolescents s'adonnent ainsi au "jeu du foulard" et mettent leur vie en danger avec une pratique qui s'apparente à une addiction.
Le "jeu du foulard" est un "jeu" d'étranglement qui se pratique seul ou en groupe et dont l'objectif est de provoquer un évanouissement, en principe de très courte durée, réputé provoquer une sensation de bien-être et de flottement.
Le "jeu" se pratique généralement en groupe et consiste à exercer une forte pression sur les veines carotides avec les doigts, ou à l'aide d'un lien (foulard): privé de l'arrivée de sang, le cerveau n'est plus oxygéné, ce qui entraîne un évanouissement. Dans le principe, il ne s'agit pas d'un jeu violent, mais d'une pratique à risques. Le "jeu" ne comporte pas d'agresseur ni de victime et chacun est consentant.
Il s'agit cependant d'une pratique très dangereuse: l'absence d'oxygénation du cerveau peut provoquer un arrêt cardiaque aux conséquences plus ou moins graves, tandis que les conséquences sur le cerveau peuvent être gravissimes: passé trois minutes de privation d'oxygène, les altérations du cerveau s'aggravent seconde après seconde. Les séquelles peuvent aller de la destruction complète de certaines fonctions cérébrales (on devient alors un "légume"), jusqu'à la mort.
Combien sont concernés?
Même s'ils ne pratiquent pas régulièrement le "jeu du foulard", un grand nombre d'adolescents, voire d'enfants, peuvent être concernés. En 2007, une enquête menée par l'association des parents d'enfants accidentés par strangulation (APEAS) indiquait que 4% des élèves français de plus de 15 ans connaissant le "jeu du foulard" l'avaient déjà expérimenté, soit par extrapolation près d'un million et demi de personnes.
Le "jeu du foulard" est également présent aux Etats-Unis et au Canada: l'association GASP (Games Adolescents Shouldn't Play), présente en Ontario, estime qu'aux Etats-Unis seulement, entre 250 et mille adolescents sont chaque année victimes de l'une ou l'autre variante des jeux de suffocation. Les chiffres sont largement imprécis, simplement parce que le décès survient généralement lorsque l'enfant ou l'adolescent s'est risqué à la pratique du jeu en étant seul – le décès passe alors souvent pour un suicide.
Qui est concerné?
Des collégiens très jeunes, généralement entre 11 et 13 ans, et plutôt des garçons. On distingue trois profils: les occasionnels représentent la très grande majorité. Ils ont pratiqué au moins une fois, dans l'objectif d'essayer une expérience nouvelle, comme on le fait souvent au début de l'adolescence: recherche de sensations fortes, volonté de s'intégrer à un groupe d'amis, de ne pas passer pour un lâche ou un "niaiseux".
Les pratiquants réguliers sont beaucoup moins nombreux, même si leur nombre demeure très difficile à évaluer. Ce sont souvent des adolescents habitués à d'autres conduits à risques, comme l'abus d'alcool ou d'autres drogues.
Comportement addictif
A la suite d'une expérience d'évanouissement par le "jeu du foulard", il existe deux suites possibles. Soit le jeune ne recommencera pas, car il a eu mal ou il a eu peur, soit il a retiré de l'expérience un certain plaisir et il recommencera avec ses cheums le plus souvent possible ou lorsqu'il est tout seul. Et c'est là que réside le plus grand risque, car il n'y aura personne pour desserrer les liens et les ranimer si les choses tournent mal.
A savoir: Colloque International de l'association des parents d'enfants accidentés par strangulation, les 3 et 4 décembre 2009, à Paris. Rencontres de médecins pédiatres, psychiatres, éducateurs et sociologues venus d'Europe, du Canada et des Etats-Unis.
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